Régénération : exposition et lancement du livre à l’usine de Gonesse, 2023
Exposition, lancement de livre
Paris / Gonesse

Cette exposition, inaugurée le 4 juillet 2023 dans le hall de l’usine MU1, présente une sélection d’œuvres d’ouvriers issues du livre Régénération, premier recueil d’œuvres et de gestes des départements R&D Sensibilité Sociale de Bernard Controls à Pékin-Daxing, Paris-Gonesse et Milan-Rho.
Le livre nous ramène à une période unique : celle de la pandémie. Pendant la crise et à sa sortie, certains ouvriers ont trouvé une manière de se ressourcer, de se divertir, d’accomplir des gestes rassurants, de poursuivre une création. Nous avons voulu documenter ces attitudes et ces stratégies créatives – attention portée à des éléments simples, moments « refuge » face à l’incertitude. Il n’y a pas ici l’ambition du spectaculaire, mais celle de partager pudiquement cette sensibilité au monde.
Quelle qu’en soit la finalité – s’occuper, s’apaiser ou se divertir –, ces œuvres d’art, objets de design, images et rituels témoignent de l’importance de la pratique artistique au niveau le plus élémentaire, comme réponse directe et intuitive à une crise accablante. Libérée de ses connotations traditionnelles, la création artistique devient un processus de régénération. Ces œuvres concentrent des besoins essentiels : se reconnecter à la nature, retrouver une poétique du quotidien, à la maison comme au travail, se réapproprier un espace-temps indépendant des routines opérationnelles. Dans leur humilité et leur esthétique épurée, ces actes créatifs spontanés révèlent une idée de l’art en prise avec le quotidien : un soutien fragile dans un monde chaotique, source d’équilibre intérieur contre la pression et la dématérialisation des relations humaines.
Le livre, avec des textes en anglais, en français et en chinois, est disponible chez La Centrale Edizioni et sur Amazon.
Les œuvres exposées
Sergette Francillonne, Nathalie Marcos, Khim Goui
Cueillette
Un moment « à nous »… Trois femmes, opératrices dans la même ZAP câblage, s’adonnent à un rituel particulier : chercher des trèfles à quatre feuilles pendant la pause méridienne près du parking de l’usine. Quand la récolte est fructueuse, elles conservent leurs porte-bonheur dans de petites pochettes plastiques, parfois faites main, ou dans la coque de leur téléphone. Après deux années de crises, d’inflation et d’incertitude sur l’avenir, ce trio féminin fait acte de résistance, conjurant l’adversité dans la quête solidaire de ces précieuses amulettes.
32Ch210
μ-M
Elle photographie les pièces mécaniques comme elle photographie les fleurs : en mode macro. Pendant le travail, avec soin, elle choisit l’angle et la position sur une feuille à petits carreaux. Et puis il y a les promenades. Avec le même appareil, en d’autres lieux et d’autres temps, elle guette la liberté du vivant : l’éclosion d’une corolle, les variétés d’inflorescences, la puissance de ces plantes qui poussent envers et contre tout, dans la fissure d’un mur ou l’érosion d’un parpaing. Au cœur de ce face-à-face entre deux raisons d’être, son travail plonge dans la subtilité du microscopique pour contrer la déception d’une vision macroscopique.
Gilbert William Honoray
ஆதவன் கை வண்ணம் Soleil artisanal
Gilbert William Honoray donne corps à des images percutantes issues de la mémoire d’enfance, de souvenirs de films et de traditions culturelles. Depuis l’adolescence, il dessine, découpe, met en volume, sculpte et tisse le lien entre sa vie personnelle et l’imagerie collective, profane ou sacrée, ancestrale ou générationnelle. Avec les cartons usagés de l’atelier, il a créé une moto à l’échelle, synonyme pour lui d’évasion et de liberté. Sa sculpture abrite des références à l’une des plus anciennes civilisations du monde, au Tamil Nadu : les matériaux du quotidien de l’usine y rencontrent les symboles antiques des dynasties Chera, Chola et Pandya, royaumes tamouls du IIIe siècle – le tigre, étendard de l’empire Chola ; les deux poissons sur les roues, symbole de la dynastie Pandya ; l’arc sur le guidon, emblème du royaume Chera.
Sorin Stanciu
Colombier, video, Gonesse, 2021
Sorin Stanciu élève des pigeons voyageurs depuis une décennie. Il s’est lancé avec son fils en 2012 dans ce sport particulier, comparable à l’entraînement d’une équipe d’athlètes. Aujourd’hui, il s’occupe toujours de ses pigeons chaque jour, mais de façon plus contemplative : « Je prends soin des pigeons qui m’ont rendu heureux. » Un jour d’été, il a emmené deux pigeons au bureau pour filmer leur envol à l’heure du déjeuner, dans un endroit paisible au bord d’un lac. Délicatement, il a pris l’oiseau entre ses mains pour le sortir de sa cage ; rassuré par la douceur de ses gestes, le pigeon s’est envolé vers le ciel pour regagner le pigeonnier.
Ahmed Amadi
Strates, photographie, 2021
« Près de la cabine des peintres, il y a un endroit où s’amoncellent les vieux pots de peinture. En examinant la couche épaisse au fond du réservoir, j’ai commencé à observer les strates de couleur. J’ai alors cadré ces motifs en très gros plan. Je voulais que chacun y voie un paysage fantastique, sans pouvoir deviner le sujet réel de ma photographie. »



























































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