Élans parallèles – Parallel Impulses : cinq ans du département de Gonesse, 2021
Exposition
Paris / Gonesse

Le département Sensibilité Sociale est né à Pékin en 2011, où l’artiste Alessandro Rolandi, grâce à sa rencontre avec Guillaume Bernard, a fondé une expérience inédite et durable : un rapport nouveau à l’art et aux artistes, pensé par et pour les travailleurs dans leur environnement de travail. Depuis cinq ans, ici à Gonesse, en étroite collaboration avec Pékin, nous avons élaboré une pratique qui définit un espace à part dans l’environnement de travail – un lieu pour l’art, bien sûr, mais surtout pour le doute, la pensée critique, la mémoire, le récit de soi, l’absurde, voire un non-lieu.
Notre démarche s’inscrit dans les pratiques artistiques décentralisées et non hiérarchiques qui répondent à la définition de la pratique sociale ou de l’art socialement engagé. Le département vise à inscrire son existence dans la réalité psychologique et physique de l’entreprise par une zone de rencontres et d’interactions qui ne sont ni nécessaires ni obligatoires dans la vie professionnelle. C’est précisément là que réside son sens : offrir un contexte bienveillant et insolite où chacun peut parler autrement de ce qu’il sait de la vie et du travail, et repenser, ré-imaginer une façon d’être ensemble. C’est possible parce que la langue première de cet espace est le langage de l’art – non pas une discipline élitiste et lointaine, mais un ensemble d’activités manuelles et intellectuelles sans objectif défini, qui ont pour effet collatéral d’exercer la sensibilité et l’imagination de chacun ; un domaine où l’on pose des questions ouvertes, non pour obtenir des réponses directes, mais pour comprendre autrement la vie et les relations.
L’exposition Élans parallèles – Parallel Impulses rassemble des projets emblématiques des premières années du département à Gonesse, dirigé par Blandine de La Taille. Réunies pour la première fois en un même temps et un même lieu, ces œuvres témoignent du courage, du talent et de l’engagement de celles et ceux qui, en pionniers et malgré le manque de références, ont choisi d’entrer sur ce territoire inconnu où ils se savaient exposés.
Les œuvres ont été réalisées selon différentes modalités. Certaines dans le cadre d’une résidence d’artiste, où un artiste immergé quelques mois dans l’entreprise invite des travailleurs à partager sa démarche de recherche (Iris Lacoudre, Mehryl Levisse, Naomi Melville et Pauline Fremaux). D’autres sont le fruit de réflexions collectives en interne (Calendar, Aphorismes, Manufactura, Karaoké Propaganda…). D’autres enfin sont l’expression d’un auteur, ouvrier, cadre ou employé de l’entreprise, entièrement pensées et créées par lui seul (Sounkarou Dembélé, Antoine Agudze, David Rocha).
Au-delà de leurs qualités visuelles, esthétiques et conceptuelles, ces œuvres nous apparaissent, comme l’art lui-même, comme de précieux ponts précaires entre les êtres humains. Suspendus à ce vide de sens parfois insupportable et exposés à la pression, à la vitesse et à l’accélération qui façonnent notre vie contemporaine, ces ponts se dressent toujours, humblement, nous rappelant qu’avec un peu d’imagination nous pouvons encore nous tendre la main.
Nessuna opera correlata trovata